La naturalisation en Suisse obéit au principe « l’intégration avant la nationalité ». Ce qui est déterminant n’est pas seulement la durée du séjour, mais la preuve qu’une personne participe à la vie sociale, économique et culturelle, qu’elle maîtrise une langue nationale et qu’elle respecte la sécurité et l’ordre publics. La Loi sur la nationalité suisse (LN, RS 141.0) et l’ordonnance sur la nationalité (OLN) fixent les exigences minimales du droit fédéral ; les cantons et les communes exécutent la procédure et peuvent, dans le cadre du droit fédéral, poser des exigences supplémentaires. Cette contribution explique la naturalisation ordinaire et la naturalisation facilitée, les conditions essentielles, la procédure à trois échelons et le cadre temporel réaliste.

Ce que signifie la nationalité suisse

La nationalité suisse confère le droit de vote et d’éligibilité actif et passif aux niveaux fédéral, cantonal et communal, l’accès illimité au marché du travail sans prolongation d’autorisation ainsi que la protection consulaire à l’étranger. La Suisse admet la double nationalité : la personne qui se fait naturaliser n’a pas à renoncer à sa nationalité antérieure (art. 11 ss LN en relation avec les dispositions relatives à l’acquisition de la nationalité).

En Suisse, la nationalité est liée à un lieu concret : par la naturalisation, une personne devient simultanément ressortissante d’une commune, d’un canton et de la Confédération. Le lieu d’origine fait donc partie intégrante de la nationalité et ne constitue pas un simple justificatif de domicile.

Naturalisation ordinaire et naturalisation facilitée

Le droit fédéral distingue deux voies. La naturalisation ordinaire passe par les trois échelons étatiques et constitue la voie ordinaire pour les ressortissants étrangers. La naturalisation facilitée est conduite par le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) au niveau fédéral et profite à un cercle de personnes plus restreint.

Naturalisation ordinaire

La naturalisation ordinaire suppose l’accord de la commune, du canton et de la Confédération. Chaque échelon examine les conditions de manière autonome et peut rejeter la demande. Les critères matériels d’intégration découlent des art. 11 et 12 LN ; le délai de domicile, de l’art. 9 LN.

Naturalisation facilitée

La naturalisation facilitée selon les art. 20 ss LN est notamment ouverte :

  • aux conjointes et conjoints de ressortissants suisses qui remplissent les délais légaux de mariage et de domicile ;
  • aux personnes de la troisième génération d’étrangers, nées en Suisse et dont les aïeux étaient déjà enracinés ici ;
  • aux enfants d’un parent suisse qui n’ont pas acquis la nationalité à la naissance.

Le SEM conduit la procédure ; le canton de domicile est entendu. Les exigences d’intégration restent en principe les mêmes, mais la durée de séjour requise est plus courte. Les délais et conditions concrets ressortent du texte de loi.

Cette contribution traite principalement de la naturalisation ordinaire, car elle est déterminante pour la plupart des personnes étrangères.

Exigence de domicile : dix ans en Suisse

Pour la naturalisation ordinaire, l’art. 9 LN exige un séjour de dix ans en Suisse. Parmi ces années, trois des cinq dernières doivent avoir été passées en Suisse immédiatement avant le dépôt de la demande. Pendant toute cette durée, un titre de séjour valable est requis.

Le temps passé en Suisse entre la huitième et la dix-huitième année d’âge compte double (art. 9 al. 2 LN). Au total, le séjour effectif doit toutefois s’élever à au moins six ans. Les personnes plus jeunes, arrivées tôt en Suisse, remplissent ainsi cette exigence d’autant plus tôt.

En plus du délai de droit fédéral, les lois cantonales sur la nationalité prévoient leurs propres délais de domicile aux niveaux cantonal et communal. Ceux-ci sont réglés dans le droit cantonal correspondant et doivent être remplis en sus du délai de droit fédéral. Les délais exacts ressortent de la loi cantonale sur la nationalité applicable.

Les séjours sous autorisation de courte durée (livret L) ainsi que les séjours en qualité de personne requérante d’asile (livret N) ne comptent en principe pas dans les dix ans. Le séjour sous autorisation de séjour (livret B) est pris en compte ; au moment du dépôt de la demande, l’autorisation d’établissement (livret C) est toutefois requise.

L’autorisation d’établissement (livret C) comme condition

Pour la naturalisation ordinaire, une autorisation d’établissement (livret C) doit exister au moment du dépôt de la demande (art. 9 al. 1 let. a LN). Une autorisation de séjour (livret B) ne suffit pas. Le livret C signale que les autorités compétentes ont déjà admis une intégration consolidée et une autonomie financière.

Pour la plupart des ressortissants d’États tiers, le livret C est octroyé après dix ans de séjour ininterrompu ; un octroi anticipé après cinq ans est possible en cas de bonne intégration (art. 34 al. 4 LEI). Les ressortissants de l’UE/AELE obtiennent en règle générale le livret C après cinq ans sur la base de l’Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP, RS 0.142.112.681). Pour approfondir, voir la contribution sur l’autorisation d’établissement (livret C) et le glossaire de l’Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP).

Vue d’ensemble des conditions

Le tableau suivant résume les conditions de droit fédéral de la naturalisation ordinaire. Les cantons et les communes peuvent prévoir des exigences complémentaires dans le cadre du droit fédéral.

ConditionCritère de droit fédéralRemarque
Séjour total10 ans (art. 9 LN)Le temps entre 8 et 18 ans compte double ; séjour effectif d’au moins 6 ans
Séjour le plus récent3 des 5 dernières années en Suisseimmédiatement avant le dépôt de la demande
Type d’autorisationautorisation d’établissement (livret C)valable au moment du dépôt de la demande
Compétence linguistiqueoral B1, écrit A2 (CECR) dans une langue nationaleallemand, français, italien ou romanche (art. 6 OLN)
Intégrationintégration réussie (art. 12 LN)participation à la vie économique et sociale
Familiaritéavec les conditions de vie suissesexamen selon le canton par entretien ou test
Situation financièreaucune dette envers la collectivité, aucune dépendance à l’aide socialel’extrait des poursuites est requis
Casier judiciaireaucune condamnation graveles procédures pendantes peuvent suspendre la demande
Ordre publicrespect de l’ordre juridique et des valeurs constitutionnellesÉtat de droit, égalité, principes démocratiques

Les seuils et formes d’examen concrets sont volatils et fixés dans l’exécution cantonale respective.

Exigences linguistiques

La compétence linguistique est l’une des conditions les plus tangibles. Il faut prouver la maîtrise d’une langue nationale — allemand, français, italien ou romanche — aux niveaux minimaux suivants du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR) selon l’art. 6 OLN :

  • À l’oral (parler et écouter) : niveau B1 — saisir les points principaux d’une langue standard intelligible et faire face à des situations quotidiennes ;
  • À l’écrit (lire et écrire) : niveau A2 — lire des textes courts et simples et rédiger des notes simples.

Il s’agit de niveaux minimaux de droit fédéral. Certains cantons fixent des niveaux plus élevés dans le cadre de leur exécution ; les exigences exactes ressortent du droit cantonal. La preuve peut notamment être apportée par :

  1. un certificat de langue reconnu (par exemple fide, telc, Goethe-Institut, DELF/DALF, CELI) ;
  2. la fréquentation de la scolarité obligatoire ou d’une formation ultérieure dans la langue nationale concernée en Suisse ;
  3. la preuve que la langue nationale est la langue maternelle ;
  4. une évaluation du niveau linguistique par l’autorité compétente dans le cadre de la procédure de naturalisation.

En Suisse alémanique, l’exigence porte sur l’allemand standard (Hochdeutsch), et non sur le dialecte. La compréhension du suisse allemand est utile en pratique lors de l’entretien de procédure, mais ne constitue pas une condition juridique.

Critères d’intégration

La LN place l’intégration au centre de la décision de naturalisation. L’art. 12 LN décrit l’intégration réussie à travers plusieurs dimensions qui sont appréciées dans la procédure :

  • Respect de la sécurité et de l’ordre publics : observation de l’ordre juridique, aucune procédure pendante pertinente ;
  • Respect des valeurs de la Constitution fédérale : adhésion aux principes démocratiques, à l’égalité entre femmes et hommes ainsi qu’aux droits fondamentaux et de liberté ;
  • Communication dans une langue nationale : atteinte des niveaux linguistiques décrits ci-dessus ;
  • Participation à la vie économique ou acquisition d’une formation : activité lucrative, formation initiale ou continue ; aucune dépendance à l’aide sociale ;
  • Encouragement de l’intégration des membres de la famille : dans la mesure applicable, le soutien des conjoints et des enfants dans leur intégration.

L’intégration n’est pas une simple liste de contrôle. C’est l’intégration effective dans la vie locale qui est appréciée. L’appartenance à des associations, le bénévolat, les relations de voisinage et la participation à la vie communale sont appréciés positivement.

Familiarité avec les conditions de vie et entretien de procédure

La plupart des cantons examinent la familiarité avec les conditions de vie suisses au moyen d’un entretien, d’un test écrit ou des deux. Sur le fond, il s’agit typiquement de :

  • le système politique : fédéralisme, démocratie directe, Conseil fédéral, Parlement ainsi que le rôle des cantons et des communes ;
  • la géographie : son propre canton, ses principales localités et les cantons voisins ;
  • l’histoire : points de repère tels que 1291, la Constitution fédérale de 1848 et la neutralité ;
  • les coutumes : jours fériés nationaux (1er août), manifestations locales, usages sociaux ;
  • les droits et devoirs : droit de vote et d’éligibilité, obligations de servir, assujettissement à l’impôt.

La forme et la profondeur de l’examen diffèrent selon l’exécution cantonale et communale. Dans certaines communes, un entretien avec la commission de naturalisation remplace un test formel. Le SEM met à disposition des documents d’orientation sur les bases de l’instruction civique.

Situation financière et dettes

L’autonomie financière est exigée. Les autorités examinent en particulier :

  • Extrait du registre des poursuites : les poursuites ouvertes, les saisies de salaire ou les procédures de faillite sont délicates. Les dettes ouvertes envers la collectivité (impôts, primes d’assurance-maladie) pèsent lourd.
  • Aide sociale : la perception de l’aide sociale peut retarder ou exclure la demande. Certains cantons exigent une durée minimale sans perception et le remboursement des prestations perçues.
  • Assujettissement à l’impôt : l’assujettissement à l’impôt envers la Confédération, le canton et la commune doit être rempli. L’impôt fédéral direct se règle selon les art. 83 ss LIFD. Les impôts ouverts sont considérés comme des dettes envers la collectivité.
  • Revenu : il n’existe pas de seuil de revenu fixé par le droit fédéral ; une source de revenu compréhensible et autonome est attendue.

Cette contribution n’aborde ni les taux d’imposition ni l’optimisation fiscale ; seul est déterminant l’accomplissement de l’assujettissement fiscal existant.

Casier judiciaire et ordre public

Le SEM requiert un extrait du casier judiciaire. Une condamnation grave entraîne le rejet. Les contraventions mineures n’excluent en règle générale pas la naturalisation ; une accumulation peut toutefois indiquer un manque de respect de l’ordre juridique.

Si des procédures pénales sont pendantes au moment du dépôt de la demande, la procédure de naturalisation est suspendue jusqu’à ce que l’issue soit connue. Un acquittement permet la poursuite ; une condamnation peut, selon sa gravité, conduire au rejet.

La procédure à trois échelons

La naturalisation ordinaire exige l’accord à trois échelons, qui interviennent successivement.

1. Échelon communal

La demande est déposée auprès de la commune de domicile. La commune apprécie l’intégration locale : connaissances linguistiques, participation à la vie communale, familiarité avec les conditions locales ainsi que la situation financière. Selon la commune, un entretien avec la commission de naturalisation ou un test écrit a lieu. En cas de décision favorable, la commune transmet le dossier au canton.

2. Échelon cantonal

L’autorité cantonale réexamine l’appréciation de la commune et procède à ses propres investigations. Elle vérifie le respect des conditions de droit fédéral et de droit cantonal. En cas d’accord, le dossier est transmis au SEM avec la recommandation cantonale. Les exigences propres au canton sont consignées dans la loi cantonale sur la nationalité applicable.

3. Échelon fédéral

Le SEM procède à l’examen final et octroie, lorsque toutes les conditions de droit fédéral sont remplies, l’autorisation de naturalisation (art. 13 LN). Celle-ci est limitée dans le temps ; sa durée de validité est fixée par le droit fédéral. Après l’accord des trois échelons, la nationalité est octroyée. Pour approfondir, voir la contribution sur les voies vers la nationalité suisse et le glossaire de la loi sur la nationalité 2018 (BüG).

Coûts de la naturalisation

Des émoluments sont perçus aux trois échelons et sont fixés dans l’exécution respective ; il n’existe pas de tarif national uniforme. Les montants concrets aux niveaux cantonal et communal ainsi que l’émolument fédéral sont volatils et doivent être consultés dans le droit en vigueur. S’y ajoutent les frais des examens de langue externes et de l’obtention des documents (extrait du casier judiciaire, actes d’état civil, traductions). Les émoluments ne sont en principe pas remboursés, même en cas de rejet.

Cette contribution ne mentionne aucun montant comparatif entre cantons ou communes et ne donne aucune recommandation quant au choix d’un lieu de domicile ; la compétence se détermine selon le domicile effectif (art. 23 CC).

Cadre temporel réaliste

La procédure n’est pas rapide. Du dépôt de la demande à l’obtention du passeport suisse, il faut compter plusieurs années — à condition que le délai de domicile de dix ans soit déjà rempli au moment du dépôt. Les durées ci-après sont des valeurs indicatives et très variables selon le canton et la commune.

PhaseValeur indicativeÉtapes essentielles
Préparation3–6 moisObtenir les documents, preuve de langue, préparation à l’entretien de procédure
Examen communal3–12 moisDemande, entretien ou test, décision
Examen cantonal3–6 moisExamen du dossier, le cas échéant un autre entretien, accord cantonal
Examen fédéral (SEM)2–6 moisExamen final, autorisation de naturalisation
Clôture1–3 moisEnregistrement à l’état civil, délivrance du passeport et de la carte d’identité

Des retards surviennent lorsque des pièces supplémentaires sont demandées ou lorsque le casier judiciaire ou la situation financière nécessitent d’autres investigations.

Double nationalité

La Suisse admet la double nationalité ; lors de la naturalisation, il n’est pas nécessaire de renoncer à la nationalité antérieure. La question de savoir si l’État d’origine autorise le maintien se règle selon le droit de cet État et non selon le droit suisse. En tant que double national, une personne est soumise aux droits et devoirs des deux États, y compris d’éventuelles obligations de servir et de déclaration. Les services consulaires des deux États renseignent à ce sujet.

Indications pratiques relatives à la procédure

  • Commencer tôt : les documents, traductions et apostilles provenant de l’étranger demandent du temps ; la preuve de langue également.
  • Participer à la vie communale : l’appartenance à des associations, le bénévolat et les relations de voisinage attestent l’intégration effective.
  • Mettre de l’ordre dans la situation financière : régler les créances ouvertes — en particulier envers la collectivité — et vérifier au préalable l’extrait du registre des poursuites.
  • Connaître les exigences de la commune de domicile : consulter le droit cantonal et communal applicable.
  • Se préparer à l’entretien : bases d’instruction civique, géographie et histoire de son propre canton ainsi que les usages locaux.

Cette contribution ne recommande pas le choix d’une commune ou d’un canton déterminé ; la compétence découle du domicile effectif.

Obligations accessoires lors du séjour en Suisse

Indépendamment de la procédure de naturalisation, les obligations générales du droit des étrangers continuent de s’appliquer. En fait notamment partie l’obligation de s’affilier, dans un délai de trois mois après la prise de domicile, à une assurance-maladie selon la Loi sur l’assurance-maladie (KVG/LAMal). Un aperçu officiel des assureurs admis et du système des primes est fourni par le service fédéral à l’adresse priminfo.admin.ch. Pour approfondir les interactions entre les assurances sociales et le droit de séjour, voir la contribution sur les assurances sociales suisses et leur incidence sur le titre de séjour.

Résumé

La naturalisation ordinaire exige dix ans de séjour, une autorisation d’établissement (livret C), des connaissances linguistiques au niveau B1 à l’oral et A2 à l’écrit, la familiarité avec les conditions de vie, une situation financière ordonnée et un casier judiciaire irréprochable. Ces points de repère sont clairement réglés dans la LN et l’OLN ; l’exécution concrète relève du canton et de la commune et doit être consultée dans le droit respectif. Ce qui est en définitive déterminant, c’est la preuve de l’intégration effective.

Remarque : Cette contribution explique la situation juridique et ne constitue pas un conseil juridique (art. 12 LLCA).