La Suisse est un État fédéral composé de 26 cantons. Chaque canton dispose de sa propre autorité migratoire et applique le droit des étrangers et de l'intégration dans le cadre de sa propre compétence. Quiconque déménage d'un canton à un autre ne change donc pas seulement d'adresse, mais aussi de domaine de compétence administrative. Plusieurs obligations juridiques en découlent. Le présent article explique la procédure de changement de canton selon l'art. 37 LEI ainsi que les obligations d'annonce et d'enregistrement qui y sont liées. Il ne procède à aucune comparaison entre cantons et ne formule aucune recommandation quant au lieu où s'installer.

Qui a besoin d'une autorisation pour changer de canton ?

La question de savoir si un changement de canton est soumis à autorisation dépend avant tout du type d'autorisation et du statut juridique. L'autorisation de séjour (livret B) est cantonale : elle a été délivrée par l'ancien canton et est liée à la compétence de celui-ci.

  • Autorisation de séjour B : Le changement pour un autre canton requiert l'approbation de l'autorité migratoire du canton d'arrivée (art. 37 al. 1 LEI). Il n'existe pas de droit automatique au changement ; l'autorité examine les conditions d'octroi de l'autorisation dans le nouveau canton.
  • Autorisation d'établissement C : Les titulaires d'une autorisation d'établissement ont en principe droit au changement de canton, pour autant qu'il n'existe aucun motif de révocation au sens de l'art. 63 LEI (art. 37 al. 3 LEI). Une approbation au sens d'un examen relevant du pouvoir d'appréciation n'a pas lieu d'être ; le canton d'arrivée délivre un nouveau livret.
  • Autorisation de courte durée L : Le changement avec une autorisation de courte durée est également soumis à approbation (art. 37 al. 2 LEI) et est lié à l'activité lucrative ou au but du séjour qui en constituent le fondement.

Pour les ressortissants de l'UE/AELE, le changement de canton est régi par l'Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP, RS 0.142.112.681) et par l'ordonnance sur l'introduction de la libre circulation des personnes (OLCP). La libre circulation des personnes englobe en principe aussi la mobilité à l'intérieur de la Suisse ; le nouveau domicile doit néanmoins être annoncé à l'autorité compétente et l'autorisation est délivrée par le canton d'arrivée.

Pour les ressortissants d'États tiers titulaires d'un livret B, le canton d'arrivée examine les conditions selon les dispositions générales d'admission (art. 18 à 19, 21, 27 et 33 LEI), notamment l'activité lucrative, le but du séjour et la garantie des moyens d'existence. La concrétisation intervient dans l'OASA (cf. art. 31 OASA).

Pour les personnes admises à titre provisoire (livret F) et les personnes en procédure d'asile (livret N), des règles particulières s'appliquent ; un changement de canton n'est possible que dans les conditions des art. 58a à 58b LEI ou de l'art. 27 LAsi et relève du pouvoir d'appréciation des autorités. Pour les personnes à protéger (livret S) et les titulaires d'une autorisation Ci, il existe également des règles spéciales propres à leur statut.

Remarque : Le type d'autorisation déterminant la voie procédurale applicable ressort du livret concret. Sur les différences entre le livret B et le livret C, voir l'autorisation d'établissement C.

La procédure de changement de canton (livret B/L)

Pour les autorisations soumises à approbation, le changement de canton se déroule selon des étapes ordonnées. L'élément déterminant est que l'approbation du canton d'arrivée soit donnée avant que le domicile ne soit effectivement transféré.

  1. Déposer une demande auprès du canton d'arrivée. La demande de changement de canton doit être adressée à l'autorité migratoire du nouveau canton. Certains cantons proposent des formulaires en ligne, d'autres exigent une présentation personnelle.
  2. Soumettre les documents requis. Sont habituellement exigés le livret valable, une preuve de l'activité lucrative ou de la garantie des moyens d'existence dans le nouveau canton, une preuve de logement (contrat de bail) ainsi qu'un document de voyage valable. La liste précise dépend du droit d'exécution cantonal et à confirmer auprès du service de la migration compétent.
  3. Attendre la décision. Le délai de traitement varie selon le canton et la charge de travail.
  4. Annonce de départ auprès de l'ancien lieu de domicile. Après le transfert du domicile, l'annonce de départ doit être effectuée auprès de l'ancienne commune.
  5. Annonce d'arrivée dans la nouvelle commune. L'annonce auprès du contrôle des habitants du nouveau lieu de domicile doit intervenir dans les 14 jours suivant l'arrivée (art. 12 LEI en lien avec les art. 10 à 16 LEI ; cf. les obligations d'annonce de l'OASA).
  6. Recevoir le nouveau livret. Le canton d'arrivée délivre un nouveau livret auprès de l'autorité cantonale désormais compétente.

Le domicile ne devrait pas être transféré avant la réception de l'approbation écrite du canton d'arrivée. Un changement sans autorisation peut compromettre le statut de séjour (cf. les obligations de collaboration et d'annonce selon l'art. 90 ainsi que les motifs de révocation selon les art. 62 à 63 LEI).

Obligation d'annonce et d'enregistrement dans la commune

Indépendamment du type d'autorisation, il existe une obligation de s'annoncer auprès du contrôle des habitants du nouveau lieu de domicile. L'obligation d'annonce d'arrivée et de départ découle du droit des étrangers (art. 12 LEI) et est complétée par le droit cantonal et communal des registres. Le domicile au sens du droit civil se détermine selon l'art. 23 CC.

Lors de l'annonce, sont généralement exigés : le passeport ou la carte d'identité, le livret pour étrangers, le contrat de bail ainsi que – selon la commune – une attestation de départ de l'ancien lieu de domicile et une preuve d'assurance-maladie. Des émoluments communaux peuvent être dus ; leur montant dépend du droit communal applicable.

Assurance-maladie lors d'un changement de canton

L'assurance obligatoire des soins (KVG/LAMal) demeure obligatoire après un changement de canton. Quiconque s'installe en Suisse ou change de statut d'assurance doit s'assurer dans un délai de trois mois ; l'assurance vaut alors rétroactivement à compter du moment déterminant. En cas de changement de domicile à l'intérieur de la Suisse, l'assureur doit être informé du changement d'adresse.

Le présent article ne compare aucun assureur et n'indique aucun montant de prime. Pour les informations officielles et spécifiques au canton concernant l'assurance-maladie – y compris l'aperçu des primes –, le calculateur de primes officiel de la Confédération est à disposition : priminfo.admin.ch.

Domicile fiscal lors d'un changement de canton

Le système fiscal suisse comporte trois niveaux (Confédération, canton, commune). Un changement de canton modifie le domicile fiscal. Pour l'impôt fédéral direct et l'impôt à la source, les dispositions de la LIFD (art. 83 ss LIFD) constituent le cadre de droit fédéral ; la souveraineté fiscale cantonale découle de la loi fiscale cantonale applicable.

  • En principe, le domicile à la fin de la période fiscale est déterminant pour l'assujettissement à l'impôt. Les modalités du changement en cours d'année se déterminent selon le droit de l'harmonisation fiscale et le droit fiscal cantonal.
  • Quiconque est imposé à la source (en particulier les titulaires d'un livret B sans établissement) est soumis, après le changement, au barème de l'impôt à la source du nouveau canton (art. 83 ss LIFD en lien avec le droit cantonal).
  • Le changement d'adresse doit être annoncé à l'administration fiscale cantonale.

Le présent article n'indique aucun taux d'imposition, ne qualifie aucun canton de fiscalement plus avantageux et ne donne aucune indication sur l'optimisation fiscale. Seules les administrations fiscales compétentes fournissent des renseignements contraignants.

École et accueil des enfants

L'enseignement relève de la compétence des cantons. Lors d'un déménagement avec des enfants en âge de scolarité, les plans d'études, les structures de l'année scolaire et la langue d'enseignement peuvent différer. Les cantons germanophones se fondent sur le Lehrplan 21, en Suisse romande s'applique le Plan d'études romand, au Tessin le plan d'études cantonal. Un changement en cours d'année scolaire est en règle générale possible ; il est recommandé de prendre contact suffisamment tôt avec l'administration scolaire de la nouvelle commune.

L'offre d'accueil extrafamilial (crèche) et les éventuelles subventions sont elles aussi réglées au niveau cantonal et communal et diffèrent en conséquence.

Véhicule et permis de conduire

Quiconque détient un véhicule doit le réimmatriculer après le déménagement auprès du service des automobiles du nouveau canton. De nouvelles plaques de contrôle cantonales sont alors délivrées. Le permis de conduire reste valable ; l'adresse doit être annoncée à l'autorité compétente. L'impôt sur les véhicules à moteur est perçu au niveau cantonal.

Aperçu : comparaison du livret B et du livret C

Le tableau ci-dessous ne présente que la différence relevant de la procédure. Il ne contient aucune appréciation ni aucune recommandation.

CaractéristiqueAutorisation de séjour BAutorisation d'établissement C
Base légale du changement de cantonart. 37 al. 1 LEI (soumis à approbation)art. 37 al. 3 LEI (en principe un droit)
Approbation préalable du canton d'arrivéerequisepas d'examen relevant du pouvoir d'appréciation ; un nouveau livret est délivré
Examen dans le canton d'arrivéeconditions de l'autorisation (art. 18 à 19, 21, 27, 33 LEI)uniquement les motifs de révocation (art. 63 LEI)
Délivrance du livretnouveau livret cantonal après approbationnouveau livret cantonal lors de l'annonce

Liste de contrôle pour le changement de canton

L'ordre n'est pas indifférent : certaines étapes présupposent des approbations préalables.

  1. Clarifier si le changement est soumis à approbation (B/L) ou s'il existe en principe un droit (C).
  2. En cas de soumission à approbation : déposer une demande de changement de canton auprès du service de la migration du canton d'arrivée.
  3. Attendre l'approbation écrite avant de transférer le domicile (pour B/L).
  4. Assurer un logement dans le nouveau canton (contrat de bail ou preuve de propriété).
  5. Informer l'employeuse ou l'employeur du changement d'adresse (pertinent pour l'impôt à la source).
  6. Effectuer l'annonce de départ auprès de l'ancien lieu de domicile.
  7. S'annoncer dans la nouvelle commune dans les 14 jours (art. 12 LEI).
  8. Informer l'assureur-maladie du changement d'adresse.
  9. Réimmatriculer le véhicule auprès du service des automobiles du nouveau canton.
  10. Mettre à jour l'adresse auprès de la banque, des autres assurances et de la Poste (ordre de réexpédition).
  11. En présence d'enfants en âge de scolarité, contacter l'administration scolaire de la nouvelle commune.
  12. Annoncer le changement d'adresse à l'administration fiscale cantonale.

Où se situe précisément la compétence

L'exécution du changement de canton incombe aux autorités migratoires cantonales ; les bases de droit fédéral se trouvent aux art. 37, 40 ss et 99 LEI ainsi que dans l'OASA (cf. art. 31, 73 OASA). Seule l'autorité cantonale compétente fournit des renseignements contraignants et actuels sur les documents, les délais et les émoluments. Des indications générales sur la compétence cantonale figurent dans les contributions pratiques cantonales ainsi que dans les glossaires terminologiques du droit des étrangers.

Remarque : Le présent article explique la situation juridique et ne constitue pas un conseil juridique (art. 12 LLCA).